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Mercredi
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Plus de 30 ans après au Laos, les bombes brisent encore des vies Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
01-12-2008

ImageXIENG KHOUANG (Laos) (AFP) — Ta Duangchom était sorti chercher de la nourriture avec ses deux jeunes fils quand une bombe à sous-munitions a explosé en face de lui, le privant de ses deux bras et d'un oeil.

Aujourd'hui, cet agriculteur de 39 ans du sud du pays communiste ne peut plus prendre en charge sa femme et ses sept enfants.

"Je ne peux plus cultiver, je reste juste à la maison. Je ne peux pas aider ma famille", a-t-il récemment expliqué à l'AFP, avant de rejoindre Xieng Khouang, une province du nord, pour une conférence régionale sur les bombes à sous-munitions. Tout repose désormais sur les épaules de sa femme.

Au Laos, la "guerre secrète" menée par les Américains pendant le conflit du Vietnam voisin fait encore des ravages plus de 30 ans après.

Pour combattre les forces communistes laotiennes mais aussi la guérilla vietnamienne qui s'était retranchée dans le pays, les Etats-Unis y ont mené près de 80.000 missions de survol dans les années 60 et 70.

Des bombes à sous-munitions, qui disséminent sur des kilomètres des centaines de mini-bombes qui n'explosent elles-mêmes souvent pas tout de suite et font des décennies plus tard encore des ravages, ont été massivement larguées.

Les autorités laotiennes estiment qu'un tiers des 260 millions de sous-munitions qui ont atterri sur le territoire n'ont pas explosé. Selon elles, 10.500 personnes ont été tuées et 11.500 autres blessées dans des explosions tardives depuis la fin de la guerre en 1975.

Thoummy Silamphan, 19 ans, a perdu une main dans l'une d'elles il y a 11 ans. Il coupait du bambou près de sa maison. Il a par la suite dû se battre pour trouver du travail.

"Immédiatement après l'accident, je me suis senti très différent des autres gens et je me suis demandé si j'allais avoir une vie normale et si je serai capable d'étudier", raconte-t-il. "Quand j'étais enfant, je voulais être policier".

L'absence d'équipements médicaux adéquats aggrave encore souvent les cas.

Les enfants de Ta n'avaient que quatre et six ans quand leur père a été frappé. Ils ont dû marcher trois kilomètres pour trouver de l'aide.

Ta a finalement rejoint l'hôpital du district par tracteur, mais a encore dû être transféré dans un autre établissement pour recevoir les soins nécessaires. Tous ces délais ont contribué à l'infection de son bras droit, entraînant deux amputations qui ont chacune un peu plus réduit son membre.

Yae Lee était lui à six heures de voiture de l'hôpital provincial de Xieng Khouang, l'une des régions du pays les plus infestées de bombes, quand il en a heurté une avec sa pelle en août.

Cet agriculteur de 31 ans, qui a perdu ses deux jambes dans l'accident, ne peut pour l'instant plus cultiver son champ pour nourrir sa femme enceinte et ses cinq enfants. Mais il espère se voir poser des prothèses pour ensuite pouvoir "travailler comme avant dans la rizière".

Plus de 150 pays ont signé une convention contre les mines anti-personnel en 1997 mais les bombes à sous-munitions sont encore légales.

"Quelle que soit leur utilité, elle est dépassée par les problèmes qu'elles causent à chaque fois qu'on s'en sert," estime Mark Hiznay, ancien soldat américain qui travaille maintenant pour Human Rights Watch et a fait campagne pour la signature, attendue ce mercredi à Oslo, d'un traité interdisant les bombes à sous-munitions.

Thoummy n'est jamais devenu policier, mais il a tout de même trouvé du travail. Il sensibilise aujourd'hui la population aux risques des bombes.

"Je pense à ce jour où il n'y aura plus de bombes à sous-munitions dans le sol", glisse-t-il. "Quand ce jour viendra, les gens pourront vraiment accomplir leurs vies".


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