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Portrait du Laos en 2007 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
17-11-2007
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Portrait du Laos en 2007
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L’ouverture du Laos sur le monde : un enjeu majeur pour l’avenir du pays


Avant la prise du pouvoir par les communistes en 1975, le fleuve Mékong était quotidiennement franchi par les peuples de langue lao des deux rives (entre le Laos et le Nord-Est de la Thaïlande) et demeurait une simple frontière fictive que ni l’administration coloniale française ni le faible régime royaliste n’avait la volonté de policer. Puis, ce lien fluvial se transforma, presque du jour au lendemain, en une frontière politique et idéologique servant désormais d’opposition physique aux nouveaux ennemis Laotiens communistes et Thaïlandais capitalistes. Le Laos est ainsi devenu l’un des pays les plus isolés du monde, entretenant uniquement des liens avec le « camarade » Vietnam voisin et la très distante Union Soviétique, de même qu’avec ses alliés communistes.

Avec la fin de la guerre froide, la normalisation de ses relations avec la Thaïlande et son admission à l’ASEAN, les murs de l’isolation du Laos ont lentement commencé à s’effriter, pour être finalement jetés par terre par les touristes répondant à l’appel de la campagne « Visit Laos Year 1999-2000 ». Le Laos est désormais face à trois types d’ouverture : une physique, une économique, et une autre à l’échelle internationale, qui comportent chacune leur lot de défis.

L’ouverture physique et la construction des autoroutes

L’ouverture du Laos sur le monde est avant tout une ouverture physique. Cette récente ouverture se fait surtout vers la Thaïlande, qui est la porte sur le monde de son petit voisin enclavé. L’ouverture physique du Laos, qui est en train de transformer le petit pays en carrefour régional, se caractérise par la multiplication des postes douaniers internationaux (bientôt au nombre de 12), par l’arrivée massive de touristes étrangers et par la construction de ponts sur le Mékong (aujourd’hui au nombre de trois,  bientôt de quatre).

L’enjeu que signifie l’ouverture physique du Laos se confirme par la place centrale qu’il occupe dans le méga-projet du réseau autoroutier asiatique (Asian Highway [AH] network) coordonné par l’UNESCAP (Commission économique et sociale des Nations Unis pour l’Asie et le Pacifique). Ce réseau de 141 000 kilomètres traversant 32 pays a pour but d’améliorer et de relier les réseaux routiers du continent asiatique.

En ce qui concerne le Laos, c’est dans ce pays que le nouveau réseau AH est le plus dense, lorsqu’on le compare à ses voisins, à l’exception de la Chine. En effet, avec neuf points d’entrée/sortie et 2298 kilomètres d’autoroute, mais avec une petite superficie et une population faible, le Laos aura une densité de territoire par kilomètre d’autoroute ainsi que de population par kilomètre d’autoroute considérable. Par contre, avec le plus faible nombre de véhicules motorisés par kilomètre d’autoroute de la région, il semble évident que ces fameuses routes ne sont pas réellement construites pour les habitants du Laos, mais qu’elles servent plutôt à relier ses plus gros voisins entre eux, notamment la Chine avec la Thaïlande et le Vietnam avec la Thaïlande.31 Passant d’une isolation presque absolue à une ouverture presque complète sur ses voisins, voilà que le Laos est devenu la pierre angulaire des échanges commerciaux du sud-est asiatique. Puis, avec l’intégration du Laos à la zone de libre-échange de l’ASEAN en 2008 et d’un accord prochain entre l’ASEAN et la Chine, le timing de la construction de ces routes est parfait.

Pour la Chine et le Vietnam, ce passage par le Laos est capital. La croissance des économies de ces deux pays se fait de manière très inégale. En Chine, on observe un développement bien plus lent des provinces intérieures, causant une migration massive vers les provinces de la côte. Pour ces raisons, la Chine investit énormément dans les infrastructures routières du Nord du Laos pour ouvrir ses provinces intérieures à l’Asie du Sud-Est et à ses marchés. Au Vietnam, le Centre stagne contrairement au Nord et au Sud. La solution passe donc par une intégration économique du Centre-Vietnam avec le Nord-Est de la Thaïlande (qui est aussi la région la plus pauvre de ce pays), en passant par le Sud du Laos.

Il y aurait un parallèle historique à faire avec l’ancien royaume lao de Lane Xang fondé en 1354 comme zone de liaison entre l’Empire Mongol de Chine et son vassal, l’Empire Khmer d’Angkor. En apportant une certaine stabilité sur le territoire du Moyen-Mékong (la principale voie de communication de la région), Lane Xang a facilité la progression de l’influence mongole en Asie du Sud-Est. Aujourd’hui, 650 ans plus tard, le Laos, en tant que successeur historique de Lane Xang, a un rôle similaire comme zone de liaison entre les principales puissances de la région.

Par conséquent, le Laos est confronté à des impacts majeurs aux niveaux politique, économique et social. Une ouverture physique entraîne aussi une ouverture sociale et culturelle. L’augmentation des passages d’étrangers, tant pour le tourisme que pour le commerce, accroît les contacts entre les citoyens du Laos et le monde extérieur. Cette ouverture du Laos sur le monde est une voie vers la modernisation du pays qui peut avoir des conséquences considérables sur la culture lao, pour le mieux ou pour le pire. De plus, après plus de trente ans de fermeture, le Mékong redevient un lien entre des peuples culturellement semblables. Avec la disparition de la dichotomie socialisme/capitalisme, les Lao du Laos et ceux de l’Issan (Nord-Est de la Thaïlande) auront la possibilité d’échanger comme jamais auparavant.

D’autre part, cette ouverture peut être à la fois une source de renforcement et d’affaiblissement pour le régime fermé et discret au pouvoir. Le régime peut en effet être renforcé par les avantages économiques, qui peuvent contribuer à sauvegarder sa légitimité aux yeux des masses populaires. Cependant, l’introduction de nouvelles idées et la formation d’une classe moyenne née de l’initiative privée entraîneront des revendications civiques et socio-économiques que le régime n’est peut-être pas prêt à accorder, de peur de perdre sa prise sur le pouvoir.

Pourtant, devant les difficultés à enrayer la pauvreté et avec l’objectif du gouvernement de sortir le Laos de la catégorie des pays les plus pauvres et les moins développés d’ici 2020, cette transformation du Laos en carrefour et en zone de liaison et d’échange de l’Asie du Sud-Est continentale peut être une issue pour son développement et un accès à une certaine prospérité.



 
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