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Mercredi
08 Fev 2012
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Hommage : Yves Bertrais Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
13-06-2007
Yves Bertrais
L
orsqu'il arrive au Laos, au début de l'année 1947, Yves Bertrais, Père oblat de Marie immaculée, qui est mort le 27 mai, à 86 ans. Que sait-il de ce monde et de ses populations ? Pas grand-chose.

Trois ans plus tard, il part à la rencontre de la minorité ethnique des Hmongs, "les hommes libres", ou, pour être plus précis, "ceux qui ont pour eux les grands espaces des montagnes, sont indépendants des gouvernements des pays où ils vivent, et qui n'ont d'autres maîtres que leurs traditions". Ils sont animistes, polygames, cultivent l'opium sur brulis pour leur besoin et, au-delà, pour les soins et les échanges commerciaux.

Le Père Bertrais s'installe dans un village haut perché des environs de Luang Prabang. Homme de passion, il s'applique à comprendre une langue uniquement orale de la famille sino-tibétaine et tente de la transcrire sur le papier. Une activité prenante, le parler hmong utilisant sept tons avec des intensités diverses et des modulations particulières pour exprimer surprise ou colère.

S'il n'oublie jamais sa mission de christianisation d'une population animiste - les premiers convertis, en 1953, seront le chaman et le chef du village dans lequel il vit -, il travaille surtout à offrir une écriture romane à un peuple qui, avec la guerre franco-vietnamienne puis américano-vietnamienne, va entrer dans la modernité par la porte la plus sanglante et la plus douloureuse.

Il n'est pas le seul. Les missionnaires protestants, notamment le pasteur évangéliste américain Samuel Pollard, ont déjà commencé au début du XXe siècle. Œcuméniques avant l'heure - nous sommes en 1953 -, le pasteur Barnay, qui parle hmong, le professeur Smalley, spécialiste en linguistique et phonétique, et le Père Bertrais se mettent à travailler ensemble. Des mois de labeur et quelques règles dont l'une aura son importance pour l'avenir : que l'écriture puisse se taper sur des machines anglaises ou françaises. Ainsi est née l'écriture romane hmong utilisée aujourd'hui partout, la guerre ayant fait exploser ces communautés d'Indochine.

On doit à Yves Bertrais le premier dictionnaire hmong-français, publié à Vientiane en 1964. Douze ans plus tard, il rédige dans le cadre de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) une importante étude sur les rites de mariage hmong au Laos et en Thaïlande. Et c'est encore lui qui, au lendemain de l'installation des régimes communistes dans la péninsule et du départ massif des familles hmongs, finira par convaincre les autorités françaises d'aider à la construction du village hmong de Cacao, en Guyane.

S'il n'est pas sûr que son prosélytisme ait bouleversé les communautés hmongs, grâce à son énergie, leur culture est désormais écrite, lisible et transmissible. Et ce, à l'heure où, atteint de la maladie d'Alzheimer, il disparaît.

30 juillet 1921
Naissance à Prinquiau (Loire-Atlantique)
27 mai 2007 Mort à Paris

Yves-Marc Ajchenbaum
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